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 réflexions sur la crise, l'économie

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soi
Bavardeur Saphir
Bavardeur Saphir



MessageSujet: réflexions sur la crise, l'économie   Dim 20 Sep - 2:54



Une analyse intéressante:

Comment les doctrines "néolibérales" ont déstabilisé l'équilibre mondial

Le traumatisme de la Grande Dépression des années 1930 hante toujours les mémoires. "Si la dépression n'est pas réapparue, l'économie de la dépression - à savoir les problèmes spécifiques qui marquèrent la quasi-totalité de l'économie mondiale dans les années 1930 et qui n'avaient pas été observés depuis - a effectué un spectaculaire come-back", met en garde Paul Krugman, Prix Nobel d'économie 2008, dans la nouvelle édition de son livre.
A relire cet ouvrage, on est impressionné par la prescience dont il a fait preuve, autant que par sa capacité à expliquer, avec pédagogie, pourquoi "l'économie mondiale s'est révélée bien plus dangereuse que nous ne l'imaginions" : comment est-elle retombée, presque sans s'en rendre compte, dans le même guêpier où elle s'était fourvoyée plusieurs décennies auparavant ? Comment, sûre d'elle et de ses principes, s'est-elle révélée subitement si vulnérable ?

Pourtant, nous n'aurions pas dû être surpris. Depuis les années 1990, plusieurs crises ont frappé des pays, à tour de rôle, avec une régularité de métronome. A la périphérie du système - l'Amérique latine, les dragons d'Asie, puis la Russie -, mais aussi au coeur des pays développés - la crise immobilière des années 1990, la bulle Internet...

A chaque fois, l'orage semblait éclater dans un ciel presque bleu. Des pays émergents en pleine croissance, appliquant des politiques jugées vertueuses d'ouverture et de concurrence, se trouvaient soudain désertés par les investisseurs. Des économies développées, affichant les mêmes orientations orthodoxes, paraissaient s'être libérées de la tyrannie des cycles économiques, et connaître une expansion sans fin grâce aux nouvelles technologies et à la liberté du marché... financier et économique. A chaque fois, le monde est tombé de haut. De douloureuses récessions ont été endurées. Mais de bonnes raisons ont été trouvées pour ne pas remettre en question les grands choix politiques.

Dans un essai décapant et engagé, James K. Galbraith fait écho à l'analyse de Krugman : les deux livres s'attaquent aux théories dont l'application a exposé l'économie mondiale à un tel désastre. La "liberté économique", la concurrence sans limites, la baisse des impôts pour les plus fortunés, l'obsession monétariste de la lutte contre l'inflation ou de l'orthodoxie budgétaire ont été présentées comme le chemin dont nul ne doit s'écarter afin de bénéficier des effets "bienfaisants" d'un marché supposé autostabilisateur. Or, pour Krugman, cette "économie de l'offre" est "un corpus d'idées creuses", une "doctrine fanatique". Et Galbraith d'enfoncer le clou : "Toujours et partout, le monétarisme conduit à la crise financière."

Redécouvrir Keynes

Chacun à sa manière, les deux auteurs montrent comment la dérégulation de la sphère financière lui a donné un pouvoir de déstabilisation dont l'économie réelle a fait les frais. Le phénomène a pris d'autant plus d'ampleur que le système monétaire international né à Bretton Woods (1944) a explosé en 1971, lorsque les Etats-Unis ont révoqué la convertibilité du dollar en or, livrant l'économie à l'anarchie.

De plus, ajoute Galbraith, les principes qui constituaient le credo des "néolibéraux" ont été contredits par les politiques qui s'en réclamaient. Certes, une expérience de monétarisme orthodoxe a bien été suivie au début des années 1980, lorsque la Réserve fédérale a augmenté ses taux jusqu'à 20 % pour "tuer" l'inflation, au prix d'une douloureuse récession. Cependant, une politique de bas taux d'intérêt a été menée, par la suite, contre vents et marées, sans que l'inflation fasse son retour dans l'économie - un démenti aux dogmes monétaristes. De même, les conservateurs américains ont eu beau baisser les impôts des plus aisés, en postulant que "trop d'impôt tue l'impôt" et que de nouvelles recettes budgétaires seraient ainsi créées, ils ne sont en fait jamais sortis des déficits - seul Bill Clinton a affiché trois ans d'excédent budgétaire... grâce au boom de la bulle Internet. De façon éclatante, sous la dernière présidence Bush, les notions de marché et de concurrence ont surtout servi d'alibi pour attribuer à des intérêts privés des rentes dans la protection sociale, la sécurité, l'école... Des réglementations légitimes ont été taillées en pièces pour permettre aux acteurs privés d'augmenter leurs profits. C'est ainsi, explique Galbraith, que la droite américaine a tourné le dos à la mythologie officielle du "libre marché".

Les deux auteurs proposent de rompre avec ces pratiques. Pour Paul Krugman, il faut notamment réguler la totalité des activités financières ou repenser la circulation internationale des flux de capitaux. Dans l'actuelle économie de la dépression, insiste-t-il, il faut redécouvrir Keynes et le soutien à la demande. Galbraith veut aussi en finir avec la hausse des inégalités, la pression sur les bas salaires et la remise en cause de la protection sociale, présentées, ces dernières années, comme le prix à payer pour accroître la prospérité générale. Il met en avant le modèle du Danemark - et celui de l'Europe en général. Afin d'en finir avec un "Etat prédateur" aux mains des intérêts privés, il plaide pour que les pouvoirs publics américains fixent des normes sociales - salaires minimaux et maximaux - et écologiques. Et va jusqu'à réclamer que l'Etat "planifie" l'avenir : qu'il s'attaque au problème du réchauffement climatique par des investissements dans des infrastructures de transport, de gestion de l'environnement et de l'eau ; qu'il assure, aussi, la sécurité énergétique...

Krugman et Galbraith brisent les tabous économiques américains. Leur but est de décomplexer la pensée démocrate, longtemps désarmée face au consensus néolibéral. Ainsi, il aura fallu que la crise devienne mondiale pour que les débats sur la politique économique s'ouvrent à nouveau.
POURQUOI LES CRISES REVIENNENT TOUJOURS (THE RETURN OF DEPRESSION ECONOMICS) de Paul Krugman. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Joëlle Cicchini, nouvelle édition mise à jour. Seuil, "Economie humaine", 204 p., 17 €.

L'ETAT PRÉDATEUR (PREDATOR STATE).COMMENT LA DROITE A RENONCÉ AU MARCHÉ LIBRE ET POURQUOI LA GAUCHE DEVRAIT EN FAIRE AUTANT de James K. Galbraith. Traduit de l'anglais par Françoise et Paul Chemla. Seuil, "Economie humaine", 314 p., 23 €.

Adrien de Tricornot



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